La subrepticité de l’effacement de la voix de Slimane Azem, des ondes de la Chaîne II, n’a d’égale que la soudaineté de la réapparition de ses œuvres sur le marché national et sur les ondes de cette même chaîne, à la faveur des événements d’Octobre 1988.
La subrepticité de l’effacement de la voix de Slimane Azem, des ondes de la Chaîne II, n’a d’égale que la soudaineté de la réapparition de ses œuvres sur le marché national et sur les ondes de cette même chaîne, à la faveur des événements d’Octobre 1988.
Slimane Azem qui se trouvait en France, après l’indépendance, continuait de produire des œuvres qui faisaient le bonheur de son public, diffusées en Algérie principalement par le canal de la chaîne II, à laquelle était fidèle son auditoire.
Il est à remarquer que le niveau de vie de la période post-indépendance, ne pouvait permettre au citoyen moyen que juste l’acquisition d’un poste transistor fonctionnant à piles, faisant office de divertissement et diffuseur d’informations d’actualités de l’époque, dont était friande la population masculine fortement branchée sur les événements politiques.
Et la voix de Slimane Azem, qui y était diffusée faisait la joie d’un large public dans la composante de la société kabyle et bien au-délà.Jusqu’au jour, où en Juin 1967, et ce, suite à la “ Guerre des 6 jours ” opposant Israël aux pays du Machrek Arabe, les autorités de l’époque prétextant la conjoncture d’alors, par solidarité avec les autres pays arabes, prirent la décision de censurer quelques artistes de nations occidentales et ce, parce-qu’ils n’ont pas caché leurs sentiments en faveur d’Israël, notamment Enrico MACIAS et RIKA ZARAÏ.
Selon certaines sources, une liste nominative dactylographiée a été adressée aux diverses chaînes de la RTA et le nom de feu - Slimane AZEM aurait été ajouté au stylo à bille.
Pour quels raisons et desseins ?
Par qui ?
Le pouvoir politique de l’époque, combien même aurait - il eu l’intention de museler cet artiste moralisateur et éveilleur des consciences, pour quelles raisons ne l’eût - il pas fait au lendemain du coup de force du 19 Juin 1965.
Jour fatidique qui recula l’avènement de la Démocratie en gestation (en rendant caduque l’embryon d’accord FLN/FFS du 16/06/1965) aux calendes grecques.
Un tel pouvoir ne lésinant point sur les moyens, il faut lui rendre cette justice, mettrait-il deux années et attendrait-il le contexte d’une guerre pour prétexter pareille décision envers feu Slimane AZEM ?
Contexte auquel il est totalement étranger, du reste.
Ou alors, serait-il plausible que certaines gens influentes ayant pignon sur rue du côté de la RTA ne se seraient pas gênées pour saisir l’opportunité qui leur était offerte, afin de le bâillonner à jamais ?
Pour ce faire, à une liste d’artistes essentiellement Européens frappés d’interdit d’écoute dans notre pays, ils y auraient ajouté son Nom.
La rumeur publique ou le bouche à oreille en cette époque, a colporté des Noms d’artistes qui seraient les prétendus auteurs et coupables de ce forfait injuste.
A l’époque il était expliqué par tout un chacun que parce-qu’il faisait de l’ombre à leur succès auprès du public Kabyle, que ces derniers influencèrent les coulisses de la RTA pour prendre cette mesure déloyale.
Et pour la justifier, l’on épargna point l’honneur de feu l’Artiste disparu aujourd’hui, en le souillant par des rumeurs, quant à son passé durant la guerre de libération nationale.
Et selon d’autres , la chanson (Les 3 chiens ) « TH’LATHA YAQ-JAN » est toute indiquée à l’adresse de ses trois détracteurs, avec force détails afin de les dénuder et qu’ils soient reconnus par tout un chacun...
Au demeurant ces diverses supputations devraient être prises avec (des pincettes) beaucoup de précautions, car Slimane AZEM lui-même avertissait dans l’une de ses déclarations :
- »Beaucoup interprètent mes chansons dans un sens qui n’a jamais été celui que j’ai voulu leur donner. Mes chansons sont dans la tradition des poètes antiques et des fabulistes. Les vérités que j’expose sont des vérités éternelles communes à tous les moralistes au cours des siècles. »
A ce même sujet MUHEND U YAHIA s’est interrogé et a questionné l’artiste-même, écoutons-le :
(source IZLAN 1979) :
- G yiwet n teswaat. AM ass agi tura iâada d deg radyu, ulac acu yellan, azekka nni yemmut wawal.
Rran t amzun akw ur ixliq ara. Isem is, macc a t id addren. Zig dayen kksen tugac is ur d taadayent ara deg radyu n lazayer, yerna idebsiyen is, ur d keccmen ara ar lzayer.
Ad sâug 17, 18 n sna g waswaa nni. Slig imedden mi heddren ; amek is qqaren ?
« Sliman Aazem nni dayen kksen t... A sen d yefk rebbi ayen ara ten ikksen !.. »
Akw medden iga iten lhal. Mi acu wumi yezmer bnadem a t yexdem ?
Akkagi kan is neqqar. Qqimeg wehdi, qqareg as :
« Tura di laanaya n rebbi, acu i g d iqqimen ? acuis d iqqimen i radyu yagi nnsen ?
Radyu bb-waya d uya. acu is d iqqimen i teqbaylit nneg tura ? »
Di teswat nni mazal nnefs n ssaäa radyul I-Lpari. Nniqal atas i t yettun, smehsisen kan i tagi n Lzayer.
Yugal mkul tameddit tarren t ar radyu I-Lpari. Ala di ddra n Sliman Aazem. Imi qrib mkul tameddit yettili. asmi is ggan kan rbaa n ssaäa, d afares i tfarasen medden rbaa n ssaäa nni. Lhu akenni armi d asmi i kksen kullec.
Inna k Sliman Aazem :
« Kksen t axater d lehkwem irumyen akw d win n Lzayer i gemgazan. Asmi tnigusyin af lgaz akw d lumur nniden... Nnan as igazayriyen di lewqt nni : Ma tebgam a nemtafaqet, ilaq a tekksem radyu I-Lpari. Win ibgan ad ihess i teqbaylit, ilaq ad ihess kan ger dagi gernag. Nesaâa radyu di Lzayer.
Inna k : Amek ifehmeg lumur agi ? Inna k :
Kksen lgenayat iw asmi kksen ignnayen bb-wudayen di 67 nni, segmi tekker la Guierre des 6 jours.
Imiren iglan yessi. Snin iyi am dekkwar ; amzun akken di Tel-Aviv ay luleg.
Inna k :
Ugalag steqqsag iman iw. Lukan illa kra xedmeg n diri, atas igxedmen ayen diri, ffren.
Atnan qqimen dinna i tili, ur ten yuddir yiwen. Ma yella, d ayen tgennig i diri, ila ad kksen
kan ayen i diri. Ur tekksen ara « AY UL IW UTUB » u atas, ur tekksen ara « A TAMURT IW AZIZEN ». Axater irumyen di dewla nnsen, kksen kan « FA¡ AY AJRAD TAMURT IW » akw t-itenna « IDEHR ED WAGGUR »
Imi d ayen i ten idduren, ayen nniden ggan t.
Wigan agi imi t huccen si lqaa, ayen akw tegnig kksen t, agyul haca twen a t yefhem.
Belli imi s teqbaylit i la tegnig. Idher kan t-taqbaylit i bgan a t-kksen. axater tdur l’arabisation.
Wehmeg mi kksen taqbaylit u mazal la ssgaren tarumit... Nek akka it fehmeg.
Inna k : Yibbas inna yi d yiwen « aqlak bbwig lidisk ik syagi si Fransa, kksen iyi ten di la Douane.
Inna k : Nnig as « Tura mi la yi d tetcetkid i nekkini, d acu ara k xedmeg ? Rruh a tetcetkid ar igad i k ten iksen.
Axater lidisk i tuged, inek ; tuged ten s idrimen ik. Macci i nek wumi ara d tetcetkid.
Inna k : « Tura nekkini gilan ad iyi slazen, nekkini lhemdulleh talaseg i rebbi tamâaict alamma mmuteg.
Ur tnadig ccer i yiwen, ur tlhig d yiwen, ur d taddreg yiwen, lhig d ala d ccegwl iw.
Ma d d idad isterjimen i man nnsen. Ad trejmen akken i sen ihwa.
Win izran sxesreg, ad-d iruh ad iyi d imel amek ara gennig d acu ara d inig. Ma d lumur g yiman iw, nek ala lexir i gellan deg wuliw. Mennag ayen ilhan akw i medden. lamaana zwareg deg yiman iw. Thibbig ad illig ger yiman iw. Ad ilig akken i yihwa.
« MUHEND U QASI, TNADI GAD CETKI G, UR IBAN ACU AKKEN BG GI G, A WIN YELLAN D LFAHEM. »
Tugac agi akw issufg itent id Sliman Aazem seg wassen ar da, yerna twassnent am temzwura.
Radyu nni n Lzayer, ur d itaadday ara, tinna n Lpari temmut. Sliman Aazem amzun ur s iruh wara. Dagi di Fransa, daymen yezga di temmacinin agi ilehun s accren duru. Lgaci tsagen lidisk is, ttawin ten ar tmurt.
Tagi 71, 72 nni, di tmurt, nek slig i lidisk is saadayen ten di ssuq, di leqhawi....
Yerna as serrhen alamma d ayen kan. ccah ! Acu nniden ?
Ihya t lhey armi d asmi d irbeh le Disque d’OR.. Mehtub g wasmi yebda yetgenni, izenz kter Umelyun idebsiyen. D wid i t ihemmlen i ten yugen. Akken yebgu yili, macci ggan t wehdes, macci a t ttun.
Au vu de la version de la victime même, pourrait-on conclure ainsi donc, que l’opinion publique aurait été bernée et menée en bateau ?
Le pouvoir politique de cette époque voulant mener à bon port sa Révolution culturelle, avait besoin de museler cet artiste, qui activait au développement de la culture Kabyle.
Mais pour ce faire, il aurait utilisé subterfuge et amalgame profitant du contexte de la Guerre des 6 jours de juin 1967 pour dérouter l’opinion publique en l’alimentant de rumeurs.
Car déjà un certain Mouloud MAAMERI, enseignait les oeuvres de Slimane AZEM, dans sa chaire de langue Berbère à L’Université d’Alger (CRAPE).
Pour le pouvoir politique d’alors, il y’ avait feu en la demeure Bâatiste, mise en chantier(révolution culturelle).
De plus un groupe de militants berbérophones venait de créer à Paris « L’Association berbère d’échanges et de recherches culturels ». Selon(Amar OUERDANE :LA QUESTION BERBERE DANS LE MOUVEMENT NATIONAL)
cette association a vu le jour légalement par le dépôt de ses Statuts et son enregistrement à la préfecture de Paris le 03/02/1967 sous le N°67/383 et publiée dans le journal officiel du 21/02/1967, alors que ses statuts avaient été déjà déposés à la même préfecture le 10/08/1966.
Cette dernière allait être l’ombryon de la future ACADEMIE AGRAW IMAZI¡EN, qui sera déclarée le 02/05/1969 à la préfecture de Paris. Slimane Azem étant un sympathisant de cette ACADEMIE et militant actif de la cause Berbère, n’allait pas tarder à subir les foudres d’un Pouvoir décidé à concrétiser sa Révolution culturelle, en balayant tout obstacle sur son chemin.
Est-ce la raison qui a motivé l’interdit d’écoute, dont il fût frappé en Juin 1967 ?
Et ce, juste quatre (04) mois après la naissance de l’Association d’échanges et de recherches culturels, à Paris.
A l’instar de Taous AMROUCHE, qui sera déclarée personna non grata, en sa patrie, au cours du festival Panafricain de 1969.
Et d’un certain Mouloud MAAMERI, qui sera acculé à démissionner de son poste de Président de l’Union des Ecrivains Algériens, structure qui sera adjointe aux organisations de masse du parti unique de l’époque.