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Il Disait...
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Par Moussa Bedrane
Publié le 9/03/2007
 

Lorsqu’il obtint le disque d’Or de la chanson Kabyle en 1970, Dda Slimane s’est confié à A. HACHELAF, Directeur de la Diffusion des Disques Arabes aux EMI PATHE-MARCONI, sa maison d’édition.


Il Disait...

Lorsqu’il obtint le disque d’Or de la chanson Kabyle en 1970, Dda Slimane s’est confié à A. HACHELAF, Directeur de la Diffusion des Disques Arabes aux EMI PATHE-MARCONI, sa maison d’édition.

Ce récit constitue en quelque sorte sa petite autobiographie :

« Si vous avez l'intention de me souhaiter mon anniversaire, je suis né le :

19 Septembre 1918 à Agouni-Guéghrane au pied du Djurdjura, entre Draa- el -Mizan et Ain -el -Hammam, tout prés des Ouadhias.

Mon père cultivateur modeste, n'avait à l'époque qu'un fils, je fus donc le bienvenu, je grandis comme tous les enfants du pays entouré de l'affection des miens au milieu d'une famille qui s'était agrandie depuis ma naissance et qui ne comptait pas moins de cinq frères et deux sœurs.

Ce fut ensuite l'école du village à six ans et où pendant cinq ans j'ai passé le plus clair de mon temps à taquiner mes camarades ou à rêver.


Rien ne m'intéressait à l'école, plus que les fables de La FONTAINE.

Cela répondait le mieux à mon amour des animaux que je faisais parler dans mes rêveries.


C'est aussi la raison pour laquelle j'étais toujours volontaire pour aller garder nos bêtes les jeudis et dimanches.

C'est à cette époque que j'ai constitué en quelque sorte mon orchestre.

Avec tous les autres bergers, nous fabriquions nous-mêmes nos flûtes de roseaux et nos tambours et nous nous exercions sur des airs du pays avec des poèmes de SI M'HEND OU M'HEND.


A l'âge de onze ans, n'ayant aucun goût pour les études et me sentant capable de gagner ma vie, je me fis engager par un colon à STAOUELI, et je fus employé à toutes sortes de travaux agricoles au même titre que les autres ouvriers.

La vie pénible du travail colonial me fit chercher un autre débouché.


Dés Janvier 1937, j'ai décidé de tenter ma vie en France Je me suis d'abord établi à LONGWY où pendant deux ans j'ai travaillé comme manoeuvre dans une aciérie (La CHIERS).


Ce fut ensuite la mobilisation à ISSOUDUN (Indre) La drôle de guerre et la réforme en 1940.

Je me suis alors installé à Paris où j'ai vécu deux ans comme aide -électricien au métro.

 

En 1942 je fus déporté par l'armée Allemande comme réfractaire et vécus là-bas dans les camps de travail jusqu' en 1945 où je fus libéré par les troupes Américaines à leur entrée en Rhénanie.

 

Ramené à Paris, je pris une gérance de café dans le15°Arrondissement et c'est à cette époque que j'ai rencontré la personne qui allait changer le cours de ma vie.

 

MOHAMED EL KAMEL, me trouva un jour dans un café, où avec un petit orchestre d'amateurs que j'avais constitué à mon retour d'Allemagne je me produisais les samedis et les dimanches, donnant à mes compatriotes exilés un peu de l'ambiance du pays.

 

Ce grand artiste qui m'a découvert tant de talents, m'a encouragé à composer moi-même de nouvelles chansons et sortir des sentiers battus où s'enlisait déjà la chanson Algérienne.

 

C'est à son contact que j'ai appris qu'une chanson n'est pas un simple poème, qu'il fallait d'abord trouver un sujet original et le développer ensuite dans des couplets, sans se laisser mener par la rime.

 

Ma première chanson "AMOH-AMOH" rencontra le meilleur accueil apurés du public de fin  de semaines.

 

Ils furent nombreux à en réclamer le disque chez le seul  disquaire spécialisé à l'époque : Mme SAUVIAT, qui me présenta à la compagnie de disques qui s'intéressait le plus aux artistes arabes.

 

Mes premiers enregistrements chez PATHE MARCONI furent un grand succès commercial et c'est ainsi que la voie me fut ouverte pour une carrière professionnelle qui dure depuis vingt ans et que j'espère voir durer encore longtemps.

 

Mon absence du pays a été interrompue à plusieurs reprises pour me replonger dans cette atmosphère où la famille et le village comptent beaucoup pour des hommes à qui l'exil pèse encore davantage, parce-qu'il dure depuis longtemps.

 

Il m'était d'autant plus facile de m'identifier à ces hommes, puisque je menais moi-même leur vie.

 

Je sentais ce qu'ils pouvaient ressentir et c'est ce qui explique que chacun se sentait concerné par ce que je disais dans mes chansons.

 

En tant que poète estimé de son public, je me devais de participer à sa formation morale et spirituelle, et c'est ce que j'ai essayé de faire dans toutes mes chansons et je crois ( sans fausse modestie) avoir rempli ma mission auprès de mes compatriotes.

 

Leur estime s'est transformée en admiration pour moi et parfois même plus que cela, je suis devenu  pour eux une sorte de guide dont les paroles portent parfois dans leur sein des sens cachés et des symboles qu'il faut interpréter.


Beaucoup interprètent mes chansons dans un sens qui n'a jamais été celui que j'ai voulu leur donner.


Mes chansons sont dans la tradition des poètes antiques et des fabulistes, les vérités que j'expose sont des vérités éternelles communes à tous les moralistes au cours des siècles.


J'ai toujours été en butte à l'incompréhension des autorités politiques qui se contentaient de la première interprétation venue pour me faire un procès politique (d'opinion).

 

L'affaire des sauterelles "AFFAGH AYA JRADH" a failli tourner au tragique pour moi, s'il n'y avait pas eu l'intervention d'un membre de ma famille, je serais aujourd'hui parmi le million et demi  de chahid et peut-être qu’une rue d'Alger porterait mon Nom.

 

Mais je n'ai pas la vocation de martyr, je peux encore aujourd'hui poursuivre mon œuvre pour le plus grand plaisir des gens qui aiment ce que je fais.

 

Cela ne change d'ailleurs rien à ma façon de vivre ni de voir la vie.

Je continue comme par le passé à dire à ma façon tout ce que je pense , libre à chacun d'interpréter.

 

Mes chansons  sont comme l'auberge Espagnole , on y trouve ce qu’on y amène.

 

Depuis quelques années, je partage ma vie entre la chanson  que j'aime  et la vie rurale dont je ne peux me passer.

Je vis donc, six mois d'agriculture pendant lesquels je veille sur mes plants de tomates, et mes poiriers, prenant soin de mes figuiers et de mes oliviers; en même temps je prépare une dizaine de chansons des fois moins, quand l'année agricole est difficile.

Les autre six mois, je monte à Paris enregistrer mes disques, faire un peu de Radio, renouer les contacts avec mes compatriotes et donner une série de galas dans la Région Parisienne.

Ensuite c'est au tour de la Province, le Nord, l'Est la Région de Lyon, Saint-Etienne, Marseille et me voici de retour chez moi.

Ce programme set si bien respecté, qu'il est devenu pour moi un vrai cycle saisonnier.

Je vis donc heureux.

Qu'y a t-il de mieux pour un homme que de vivre au rythme des saisons, de jouir des bienfaits que Dieu a répandu à pleines mains sur la nature, sans qu'il oublie qu'il appartienne à une certaine communauté et qu'il lui apporte ce qu'il y à de bien en lui:

ses idées et son cœur... »